Denis Asch

Biographie

Quel est le point commun entre un horloger et un photographe ? Probablement la patience, la persévérance et l’envie d’un défi à accomplir jusqu’au bout pour avoir le meilleur résultat possible.

Mes deux passions ont débuté en même temps…il y a 40 ans. L’horlogerie, je l’ai étudiée et j’en ai fait mon métier. La photographie, j’ai continué par passion, plus spécifiquement depuis que j’ai commencé à chasser l’image lors de safaris africains, il y a 20 ans.

La photographie est un challenge technique, particulièrement avec des animaux sauvages, dans leur élément naturel : la brousse. Ils ne posent pas. Ils n’ont d’estime que pour leur nourriture et d’intérêt que pour leur survie. Ils savent qu’ils doivent perpétuer leur espèce, c’est inscrit dans leur gènes. Ils nourriront, protègeront et éduqueront leur progéniture.

Ce challenge technique est de savoir capter et anticiper leur attitude, leur comportement. Nous sommes chez eux, nous devons respecter leur environnement, leur territoire. Nous, touristes, sommes à l’affut et à la recherche de sensations et d’images fortes, nous devons nous adapter à eux et non le contraire.

Le guide avec lequel je parcours la brousse depuis des années à travers la myriade de chemins, connait tout de la faune et la flore locale. Il saura s’adapter à chaque animal, selon son comportement et selon la situation. Tous ces chemins, il les connait comme sa poche et mieux encore. Dans la brousse, très peu d’animaux sont réellement dangereux, ils n’attaquent que s’ils se sentent menacés. C’est seulement en respectant leur environnement et en gardant une certaine distance que l’on pourra les photographier. Depuis des générations, ils savent pertinemment que chaque voiture transportant des touristes photographes, n’est pas une menace. Ils nous ignorent.

Chaque animal a un cri et des empreintes et des déjections spécifiques. De nombreux animaux sont solidaires. Certaines espèces d’oiseaux ou de singes transmettent un message à l’aide de cris et de chants caractéristiques en cas danger. Chaque espèce a un rythme de vie, de chasse et de repos différent. C’est à travers toutes ces précieux indices que le guide fera tout son possible pour retrouver un animal.

La photographie d’animaux sauvages est donc l’aboutissement d’un jeu de piste et d’une recherche mettant en jeu l’acuité de tous les sens. C’est là que réside le défi technique. Outre ce défi, chaque safari (mot swahili signifiant « long voyage ») nous fait voyager au plus profond de la nature, elle est sauvage, authentique et belle. On se replonge dans notre enfance, à l’âge auquel nous adorions nos peluches léopard, lions, girafes, éléphants. Avec nos yeux d’adultes, ces animaux sont toujours aussi fascinants.

Je ne conçois pas de passion sans partage. C’est cette nature à l’état brut que je souhaite partager à travers cette exposition. Chaque photo a une histoire, empreinte d’émotion brute et authentique.

C’est à travers ces safaris que ma sensibilité pour la cause animale s’est révélée. Les rhinocéros et les tigres sont en voie de disparition. Les éléphants sont décimés. Les uns sont tués soit pour d’inexistantes vertus thérapeutiques, soit à des fins décoratives ou souvent les deux à la fois. Quand une corne de rhinocéros se négocie entre 35 et 40’000 CHF, comment et pourquoi un braconnier hésiterait. Quand ce braconnier tue une femelle, il laisse souvent de petits orphelins, inexpérimentés et sans défense. Ces petits ne survivent jamais plus de 24 heures, car la loi de la jungle prend le dessus. C’est là que des associations interviennent. Des sauveteurs et soigneurs bénévoles les récupèrent, les nourrissent, les soignent, les protègent et leur redonnent confiance en l’homme. Car la dernière vision de ces orphelins a été la vision d’un homme avec un fusil, c’est aussi simple que ça. Devenus adultes, ils sont très souvent réintroduits dans une grande réserve naturelle, souvent privée, c’est ce que fait Care for Wild.
Care for Wild Rhino Sanctuary est le plus grand orphelinat de rhinocéros au monde, c’est celui-ci que j’ai choisi de soutenir.

C’est grâce à Annelise Peers qui m’a été présentée à Genève que j’ai pu obtenir l’autorisation de visiter cet orphelinat, il a fallu montrer patte blanche ! En effet, cet orphelinat est protégé et sécurisé tel Fort Knox, la réserve d’or américaine. Les indications pour m’y rendre m’ont été transmises au dernier moment le lieu exact étant tenu secret.

J’ai découvert toute l’organisation, les soins personnalisés pour chaque animal. Cerise sur le gâteau, l’honneur m’a été offert de participer à un cérémonial unique, extraordinaire. Celui de donner un biberon, avec ses ingrédients adaptés à un bébé. Ce bébé de 6 mois pesait déjà 82 kilos, cette petite fille rhinocéros a bu son biberon de 2 litres goulument. Nous étions séparés par une clôture, afin que ces orphelins ne soient pas trop accoutumés au contact humain.
J’ai eu un coup de foudre, un flash mais pas celui de mon appareil photo. C’était mon dernier jour en Afrique du Sud et dès lors ma volonté d’œuvrer pour la cause de ces orphelins ne m’a plus quitté. Je me suis promis de faire quelque chose pour eux et de les soutenir à travers mes photos. C’est aussi ça le partage.

Ma dernière exposition de photos à Genève en faveur de Save The Rhino a eu lieu en 2014, la prochaine en faveur de Care For Wild aura lieu à Genève du 19 au 22 septembre 2019, à l’Hôtel La Réserve.